Petit billet pour vous inciter à ne pas avoir peur de vous investir dans l’entretien de cet instrument, pourtant assez banal dans les foyers.
Depuis que je suis à Lyon, j’ai malheureusement perdu l’accès facile à un piano, ce qui fait que je ne peux plus profiter des effets de ce merveilleux et polyvalent instrument, mais aussi plus pragmatiquement que je perds ma technique par manque d’entraînement. C’est pour ça que lorsque j’ai vu passer pas très loin de la résidence étudiante une annonce de don d’un piano droit de marque Kawai, je n’ai pas hésité longtemps.
Reste ensuite la difficulté de ramener un meuble pareil d’environ 130kg sans voiture, mais disons pour résumer que certains s’en souviennent particulièrement bien…
C’est un piano droit d’étude bon marché des années 80, donc rien de spécial dans sa conception (pas de touches en ivoire, et une classique pédale centrale pour étouffer l’instrument). Par contre son âge implique que du travail est sûrement à faire. Il a été assez bien entretenu par les précédents propriétaires, mais il semble ne pas avoir été ni démonté ni accordé depuis longtemps. Certaines touches ont du mal à s’enfoncer, laissant présager une fatigue des feutrines en dessous, voire d’une grande quantité de poussière qui perturbe le mécanisme. Direction le démontage !
Le piano une fois le panneau avant/pupitre retiré.
Le panneau avant, qui contient le pupitre et le couvercle du clavier, s’enlève assez facilement en bougeant deux cales en haut à gauche et à droite du piano, sous la trappe supérieure. Une fois la pièce déposée, on découvre la merveille d’une mécanique complexe, pas particulièrement poussiéreuse ; ça fait déjà ça de moins à gérer.
On ne voudrait pas abîmer le système de marteaux et d’étouffoir qui lui est assez fastidieux à réparer, donc on l’enlève pour faire place nette. Heureusement ce sont juste 3 grosses vis noires dévissables à main, visibles à gauche, à droite et au centre gauche au niveau des marteaux sur la photo précédente.
Une fois la grande cale en bois dévissée, les touches s’en vont sans souci
Après ça, on a accès à la partie des touches. Si l’on dévisse la grande planche horizontale qui coince les touche dans le clavier, alors plus rien ne nous retient d’enlever les touches en elles-même ! Après tout ce sont juste de longues barres en bois qui reposent sur un pin métallique qui les empêche de translater en plus de leur servir de point de bascule. D’autres pins sont aussi sous la partie colorée de chaque touche, pour stabiliser encore plus celle-ci et améliorer le toucher.
Mauvaise surprise mais attendu : la poussière dort sous nos doigts…
Comme attendu, c’est assez sale en dessous. Mais plus inquiétant, les feutrines (ronds verts) sont en assez mauvais état, voire pour certaines sont en train de se désintégrer ! là dessus pas grand chose à faire : soit on a ou on achète des plaques de feutrine, soit on en a pas… et on triche. Pour ma part j’ai déplacé les feutrines fatiguées sur les touches aux extrêmes aigus et graves, en compensent leur perte d’épaisseur avec du papier cartonné afin d’avoir encore un son correct à défaut d’un toucher parfait. Mais au moins maintenant la partie centrale du clavier est de nouveau agréable à utiliser.
Avant - après. Ça fait du bien !
Après ça on remonte tout en suivant le chemin inverse du démontage, et voilà ! En réalité, je me suis ensuite permis de ré-accorder quelque touches dissonantes. Je ne rentrerai pas dans le détail ici car c’est assez technique et potentiellement dangereux (une corde de piano subit une tension équivalent au poids exercé par pas loin d’une centaine de kg, et la surtendre pourrait la faire exploser), mais globalement avec une clé à pipe à embout carré, une bonne oreille et une connaissance suffisante des phénomènes de battement en acoustique (on accorde en cherchant à faire disparaître ce battement) on peut pas trop mal se débrouiller.
Le piano remonté, prêt a résonner de nouveau !
Et voilà, on peut de nouveau profiter des atouts de ce bel instrument, et enjailler le voisinage par une pratique dynamique…

